
La véritable efficacité de votre garantie ITT ne réside pas dans son existence, mais dans des choix stratégiques méconnus lors de la souscription.
- Le mode d’indemnisation (forfaitaire ou indemnitaire) et la définition de l’incapacité sont plus importants que le tarif seul.
- Une franchise mal optimisée par rapport au maintien de salaire de votre employeur peut vous coûter cher inutilement.
Recommandation : Analysez votre contrat au-delà du prix et privilégiez une couverture forfaitaire avec une définition de l’ITT basée sur « votre profession » pour une sécurité maximale.
La souscription d’un crédit immobilier est un projet de vie, mais elle s’accompagne d’une crainte légitime : que se passerait-il en cas d’arrêt de travail prolongé ? Incapable de percevoir votre salaire, comment honorer vos mensualités ? La garantie Incapacité Temporaire Totale de travail (ITT), pilier de l’assurance emprunteur, est conçue pour répondre à cette angoisse. Elle promet de prendre le relais pour couvrir vos échéances et protéger votre patrimoine. C’est un filet de sécurité indispensable.
Pourtant, beaucoup d’emprunteurs pensent qu’il suffit de la souscrire pour être protégé. La réalité est plus complexe. Entre les indemnités de la Sécurité Sociale, le maintien de salaire de l’employeur, les délais de franchise et les subtilités des contrats, le montant réellement perçu peut être source de déconvenues. La croyance qu’une assurance ITT est une protection « tout ou rien » est une illusion dangereuse. En effet, l’assureur ne verse souvent que la part manquante de vos revenus, et non la totalité de votre mensualité.
Et si la clé d’une protection infaillible n’était pas de simplement « être assuré », mais de comprendre les rouages financiers de votre contrat pour en faire un véritable outil d’arbitrage stratégique ? Cet article va au-delà des définitions de base. Nous allons décortiquer les mécanismes invisibles de la garantie ITT, identifier les points de bascule critiques et les erreurs courantes qui peuvent compromettre votre indemnisation. L’objectif est de vous donner les clés pour transformer une simple ligne sur votre contrat en une forteresse financière, parfaitement synchronisée avec les autres strates de votre protection sociale.
Pour vous guider à travers ces aspects cruciaux, nous aborderons les questions essentielles que tout emprunteur devrait se poser. De la méthode de calcul de votre indemnisation à la définition même de l’incapacité, chaque section est conçue pour éclaircir un point précis et vous armer contre les mauvaises surprises.
Sommaire : Le fonctionnement détaillé de la garantie ITT pour votre prêt
- Pourquoi l’assureur ne vous verse-t-il que la différence entre votre salaire et les IJSS ?
- Remboursement forfaitaire ou indemnitaire : lequel choisir pour ne pas perdre d’argent ?
- Comment continuer à percevoir l’ITT en cas de reprise en mi-temps thérapeutique ?
- L’erreur de penser que l’ITT couvre le chômage (confusion fréquente)
- Quand l’ITT bascule-t-elle en invalidité permanente et change-t-elle de mode d’indemnisation ?
- L’erreur de payer pour une franchise courte alors que votre employeur maintient le salaire à 100%
- Quand souscrire une assurance perte d’emploi dirigeant pour sécuriser vos revenus personnels ?
- Quelle définition de l’Incapacité Temporaire Totale (ITT) choisir pour être couvert si vous ne pouvez plus exercer VOTRE métier ?
Pourquoi l’assureur ne vous verse-t-il que la différence entre votre salaire et les IJSS ?
C’est l’une des premières sources d’incompréhension pour un assuré en arrêt de travail : l’indemnité versée par l’assurance emprunteur ne correspond pas à 100% de la mensualité du prêt. La raison est simple et repose sur un principe fondamental du droit des assurances : le principe indemnitaire. Selon celui-ci, une assurance ne doit pas vous enrichir, mais uniquement compenser votre perte financière réelle. Votre perte n’est pas votre salaire total, mais la différence entre ce salaire et ce que vous continuez à percevoir d’autres sources.
En cas d’arrêt maladie, la première source d’indemnisation est la Sécurité Sociale, qui vous verse des Indemnités Journalières de la Sécurité Sociale (IJSS). Ces IJSS sont calculées sur la base de 50% de votre salaire journalier de base, mais elles sont plafonnées. Ce plafonnement a un impact majeur pour les salaires moyens et élevés. Par conséquent, l’assureur de votre prêt immobilier calcule sa prestation en déduisant le montant des IJSS (et parfois le maintien de salaire de votre employeur) de votre perte de revenu. Les arrêts de longue durée représentent une part significative des dépenses, avec près de 40,7% des indemnités journalières en 2024, soulignant l’importance de ce mécanisme de compensation.
Cette logique garantit le maintien de votre niveau de vie, sans créer d’effet d’aubaine. Pour l’assuré, il est crucial de comprendre que la garantie ITT agit comme un complément, un filet de sécurité qui vient combler le « trou » laissé par les prestations sociales. C’est un partenariat tripartite entre la Sécurité Sociale, votre employeur et votre assureur.
Le tableau suivant illustre clairement comment le complément d’assurance devient vital à mesure que le salaire augmente, en raison du plafonnement des IJSS. Les montants sont basés sur les plafonds de 2024, confirmés par la Sécurité sociale.
| Salaire Net Mensuel | IJSS Mensuelles (estimées) | Complément d’Assurance Nécessaire (pour maintien 100%) |
|---|---|---|
| 2 000 € | ~1 065 € (50% plafonnées) | ~935 € |
| 3 500 € | ~1 395 € (plafond atteint) | ~2 105 € |
| 5 000 € | ~1 395 € (plafond atteint) | ~3 605 € |
| Base de calcul : IJSS plafonnées à 1,8 SMIC (53,31€ brut/jour maximum au 1er novembre 2024). Les montants sont indicatifs et varient selon la durée d’arrêt. | ||
Comprendre ce mécanisme est la première étape pour évaluer correctement la pertinence de votre contrat et anticiper le niveau réel de votre protection financière en cas de coup dur.
Remboursement forfaitaire ou indemnitaire : lequel choisir pour ne pas perdre d’argent ?
Maintenant que le principe indemnitaire est clair, il faut aborder un choix encore plus stratégique qui conditionnera toute votre indemnisation : le mode de remboursement, forfaitaire ou indemnitaire. Si la plupart des contrats de groupe proposés par les banques sont indemnitaires, les contrats en délégation d’assurance offrent souvent le choix. C’est un arbitrage financier crucial.
Comme nous l’avons vu, le mode indemnitaire vise à compenser votre perte de revenus réelle. Si vos revenus baissent entre la souscription et le jour du sinistre (passage à temps partiel, baisse d’activité pour un indépendant), votre indemnisation baissera proportionnellement. C’est un système juste, mais qui peut vous pénaliser si votre situation professionnelle évolue.
Le mode forfaitaire, lui, est déconnecté de votre perte de revenu réelle. Le montant de l’indemnisation est fixé une fois pour toutes à la signature du contrat. Il correspond à un pourcentage de votre mensualité de prêt (selon votre quotité assurée). Comme le souligne Oradéa Vie dans son guide de l’assurance emprunteur :
Dans le cadre du principe forfaitaire, les indemnités ne sont pas calculées en fonction de la perte de revenus, mais leur montant est fixé lors de la souscription du contrat et il correspond à un pourcentage fixe d’une part de la mensualité.
– Oradéa Vie, Guide de l’assurance emprunteur – Garantie ITT
Le mode forfaitaire offre une visibilité et une sécurité bien supérieures. Quoi qu’il arrive à vos revenus, vous savez exactement ce que l’assureur vous versera. C’est une protection beaucoup plus robuste contre les aléas de la vie professionnelle.
Étude de cas : L’impact d’une baisse de revenus en mode indemnitaire
Imaginons un salarié qui, pour des raisons personnelles, décide de passer à un temps partiel de 80% quelques mois avant de subir un accident entraînant un arrêt maladie long. Avec un contrat indemnitaire, son assurance calculera sa perte de revenus sur la base de son salaire réduit. L’indemnisation attendue sera donc amputée de 20%. En revanche, avec un contrat forfaitaire, l’assurance verserait la totalité du montant convenu à la souscription, couvrant l’échéance du prêt selon la quotité, indépendamment de cette variation de salaire. Cet exemple, inspiré d’analyses comme celle de Sécurimut, montre comment le choix forfaitaire protège l’assuré contre les fluctuations de sa carrière.
Même s’il est légèrement plus cher, le mode forfaitaire est presque toujours préférable. Il transforme votre assurance d’une simple compensation en une véritable garantie de paiement, stable et prévisible.
Comment continuer à percevoir l’ITT en cas de reprise en mi-temps thérapeutique ?
Après un long arrêt maladie, la reprise du travail se fait souvent de manière progressive via un mi-temps thérapeutique. Cette situation, où vous n’êtes ni totalement en arrêt, ni totalement apte à travailler, est un point de vigilance majeur pour votre indemnisation ITT. La bonne nouvelle est que la plupart des contrats récents prévoient le maintien d’une partie de l’indemnisation. Cette situation concerne un nombre non négligeable de personnes, représentant 3,43% des arrêts de travail d’après une étude de 2024.
Le principe est simple : l’assureur verse une indemnité partielle pour compenser la perte de salaire qui subsiste. Si vous reprenez à 50%, vous percevez 50% de votre salaire et des indemnités journalières partielles. Votre assurance ITT viendra compléter ce revenu partiel à hauteur de 50% de la prestation initialement prévue. Le calcul est souvent `(100% – % d’activité repris) * Montant de l’indemnité ITT`. Ainsi, la protection financière est maintenue de manière proportionnelle.
Cependant, pour que cette synchronisation des protections fonctionne sans accroc, une coordination parfaite entre vous, votre médecin, la Sécurité Sociale, votre employeur et votre assureur est indispensable. La moindre rupture dans la chaîne d’information peut entraîner une suspension de vos indemnités. Il est donc crucial d’être proactif et méticuleux dans vos démarches administratives. Oublier de déclarer la reprise à temps à l’assureur est une erreur fréquente qui peut avoir de lourdes conséquences.
La clé est la transparence et l’anticipation. Chaque acteur doit disposer des mêmes informations au même moment pour garantir la continuité de vos droits et la sécurité de vos revenus.
Votre plan d’action pour le mi-temps thérapeutique
- Obtention de la prescription : Demandez à votre médecin traitant une prescription claire du mi-temps thérapeutique, précisant la durée et le pourcentage d’activité.
- Démarche auprès de la CPAM : Transmettez cette prescription à la Sécurité Sociale (CPAM) sous 48h pour valider le versement de vos IJSS partielles.
- Information de l’employeur : Informez officiellement votre employeur et définissez avec lui les modalités pratiques de votre poste aménagé (horaires, tâches).
- Déclaration à l’assureur : Déclarez sans délai le mi-temps thérapeutique à votre assureur de prêt, en joignant une copie de la prescription et l’attestation de votre employeur.
- Vérification du contrat : Assurez-vous que votre contrat d’assurance inclut bien une clause de prise en charge du mi-temps thérapeutique et vérifiez ses conditions (souvent une prise en charge à 50% de la prestation ITT).
En suivant scrupuleusement ces étapes, vous assurez la continuité de vos revenus et pouvez vous concentrer sur votre rétablissement en toute sérénité.
L’erreur de penser que l’ITT couvre le chômage (confusion fréquente)
Une confusion très répandue et potentiellement dramatique consiste à penser que la garantie Incapacité Temporaire Totale (ITT) peut jouer un rôle en cas de perte d’emploi. Il est impératif de comprendre que ces deux situations sont totalement distinctes et couvertes par des garanties qui ne se cumulent jamais. L’ITT est déclenchée par une cause médicale, tandis que le chômage résulte d’une cause économique.
La garantie ITT vous protège si une maladie ou un accident vous rend médicalement incapable d’exercer votre profession. Le fait générateur est un certificat médical. À l’inverse, la garantie Perte d’Emploi (une option souvent distincte et plus coûteuse) vous couvre si vous perdez votre emploi de manière involontaire (licenciement économique, par exemple) et que vous êtes inscrit à Pôle Emploi. Le fait générateur est une attestation de l’employeur ou de Pôle Emploi.
Concrètement, si vous êtes en arrêt maladie et que votre entreprise vous licencie pendant cette période, votre garantie ITT continue de s’appliquer tant que votre état de santé justifie l’arrêt. Le licenciement ne prendra effet qu’à la fin de votre arrêt. Inversement, si vous tombez malade alors que vous êtes déjà au chômage, la garantie ITT ne pourra pas être activée dans la quasi-totalité des contrats, car la condition d’être en activité professionnelle au moment du sinistre n’est pas remplie.
Ces deux chemins de protection sont parallèles mais ne se croisent jamais. Penser que l’un peut remplacer l’autre est une erreur d’interprétation qui peut laisser un emprunteur sans aucune ressource pour payer son crédit.
Comme l’illustre cette image, il s’agit de deux voies de couverture bien distinctes. L’assurance ITT est liée à votre état de santé, tandis que l’assurance perte d’emploi est liée à votre statut professionnel. Confondre les deux, c’est prendre le risque de se retrouver sur une route sans issue financière.
La seule façon de se prémunir contre les deux risques est de souscrire, si possible, les deux garanties : une solide garantie ITT et, en complément, une option Perte d’Emploi, en ayant bien conscience de leurs conditions d’activation respectives.
Quand l’ITT bascule-t-elle en invalidité permanente et change-t-elle de mode d’indemnisation ?
La garantie ITT est par nature « Temporaire ». Elle a une durée de vie limitée, conçue pour couvrir des arrêts de travail dont on est censé guérir. Mais que se passe-t-il lorsque l’état de santé ne s’améliore pas et que l’incapacité devient durable ? C’est là qu’intervient le point de bascule vers la garantie Invalidité Permanente, un changement majeur de paradigme et de mode d’indemnisation.
La plupart des contrats d’assurance fixent une durée maximale d’indemnisation au titre de l’ITT. Cette durée est généralement de 1 095 jours, soit 3 ans consécutifs. Au terme de cette période, ou avant si le médecin-conseil de l’assurance estime que votre état de santé est « consolidé » (c’est-à-dire stabilisé, sans amélioration ni aggravation prévisible), l’indemnisation mensuelle de l’ITT cesse. C’est un moment critique pour l’assuré.
À ce stade, l’assureur évalue votre taux d’invalidité en fonction d’un barème médical et fonctionnel. Ce taux déterminera si vous pouvez bénéficier de la garantie Invalidité Permanente Partielle (IPP) ou Totale (IPT). Le mode d’indemnisation change alors radicalement. Au lieu de mensualités qui couvraient vos échéances de prêt, vous pourriez recevoir un capital unique, ou une rente, dont le montant dépend de votre taux d’invalidité et du capital restant dû. Ce passage d’un flux mensuel à un versement unique peut être déstabilisant si l’on n’y est pas préparé.
Étude de cas : La transition de l’ITT à l’IPP et son impact financier
Prenons le cas d’un emprunteur percevant 1 500 € par mois au titre de sa garantie ITT, couvrant ainsi sa mensualité de crédit. Après 2 ans, son état est consolidé et l’expert médical de l’assurance fixe son taux d’invalidité à 50%. La garantie ITT s’arrête. Il bascule sur la garantie Invalidité Permanente Partielle (IPP). Si son contrat prévoit une indemnisation de 50% du capital restant dû pour ce taux, sur un capital de 100 000 €, il recevrait un versement unique de 50 000 €. Cependant, il n’y aurait plus de prise en charge mensuelle. Il devrait alors reprendre le paiement de ses mensualités de 1 500 €, avec ce capital pour l’aider, mais avec des revenus professionnels potentiellement très réduits. Ce scénario, inspiré d’analyses du secteur, montre à quel point l’anticipation de ce basculement est cruciale.
Anticiper ce changement permet de mieux préparer l’avenir et de gérer le capital éventuellement perçu pour continuer à faire face à ses engagements financiers sur le long terme.
L’erreur de payer pour une franchise courte alors que votre employeur maintient le salaire à 100%
La franchise est la période au début de votre arrêt de travail pendant laquelle l’assurance ne vous verse aucune indemnité. Choisir sa durée (30, 60, 90, voire 180 jours) est un arbitrage financier important : plus la franchise est courte, plus la cotisation est élevée. L’erreur classique est de choisir la franchise la plus courte possible « par sécurité », sans tenir compte d’une autre protection essentielle : le maintien de salaire par l’employeur.
En France, la loi et de nombreuses conventions collectives obligent les employeurs à maintenir une partie ou la totalité du salaire de leurs employés en arrêt maladie, après une certaine période d’ancienneté. Par exemple, conformément à l’article L1226-1 du Code du travail, un salarié avec plus d’un an d’ancienneté bénéficie d’un maintien à 90% de son salaire pendant 30 jours, puis 66,66% pendant les 30 jours suivants. De nombreuses conventions (Syntec pour les cadres, par exemple) prévoient un maintien à 100% pendant 3 mois.
Dans ce contexte, payer une surprime pour une franchise de 30 jours est souvent inutile. Pendant cette période, vous ne subissez aucune perte de revenus, donc l’assurance indemnitaire ne vous verserait rien de toute façon ! Vous payez pour une protection qui ne peut pas s’activer. L’optimisation consiste à synchroniser la durée de votre franchise avec la fin de votre maintien de salaire à 100%. Si votre employeur vous couvre intégralement pendant 90 jours, choisir une franchise de 90 jours pour votre assurance emprunteur est la décision la plus pertinente. Vous allégez vos cotisations d’assurance sans créer de « trou » dans votre protection.
Cette démarche s’apparente à un calcul de rentabilité. Il s’agit d’ajuster le curseur pour ne payer que pour le risque réel, celui qui débute lorsque la protection de votre employeur s’arrête ou diminue. C’est une optimisation simple qui peut générer des économies significatives sur toute la durée du prêt.
Avant de signer votre contrat, renseignez-vous précisément sur la durée de maintien de salaire prévue par votre convention collective. C’est cette information qui doit guider votre choix de franchise, et non une peur irrationnelle.
Quand souscrire une assurance perte d’emploi dirigeant pour sécuriser vos revenus personnels ?
Pour les travailleurs non-salariés (TNS), les dirigeants d’entreprise et les professions libérales, la problématique de la protection des revenus est encore plus aiguë. N’étant pas couverts par l’assurance chômage classique, la cessation de leur activité, même involontaire, peut avoir des conséquences financières dévastatrices sur leur foyer, notamment sur le remboursement d’un prêt immobilier personnel. L’assurance « perte d’emploi du dirigeant » est une solution de prévoyance privée spécifiquement conçue pour ce risque. Il ne faut pas la confondre avec la garantie ITT, qui couvre l’incapacité médicale, comme le précise l’expert Reassurez-moi :
Les indépendants peuvent être couverts en ITT via des contrats adaptés, souvent en délégation d’assurance. Les modalités (définition de l’incapacité, indemnisation) diffèrent de celles des salariés et doivent être analysées avec attention.
– Reassurez-moi, Guide assurance prêt immobilier – ITT
L’assurance perte d’emploi, elle, n’est pas liée à la santé mais à la « mort » de l’entreprise (liquidation judiciaire, fusion-absorption, etc.). La souscrire devient un acte de gestion de patrimoine essentiel à certains moments clés de la vie d’un entrepreneur. Il ne s’agit pas d’une protection permanente, mais d’une sécurité à activer lorsque l’enjeu personnel devient trop élevé par rapport à la fragilité de la structure professionnelle.
Identifier ces moments charnières permet de souscrire cette assurance au bon moment, lorsque le rapport bénéfice/coût est le plus favorable. Voici les situations qui devraient déclencher une réflexion sur cette couverture :
- Lors de la création ou reprise d’entreprise : Si vous financez en parallèle un achat immobilier personnel important, la sécurisation de vos revenus devient une priorité absolue.
- Avant une levée de fonds ou un endettement bancaire : Un fort endettement professionnel augmente votre exposition au risque et peut justifier une protection personnelle renforcée.
- Lors du recrutement de salariés clés : L’augmentation de la masse salariale pèse sur la trésorerie et peut rendre l’entreprise plus vulnérable, justifiant de protéger vos revenus personnels.
- Avant un investissement immobilier personnel : Si vous utilisez vos revenus de dirigeant pour financer un projet locatif ou une résidence secondaire, sécuriser ce flux de revenus est stratégique.
- En période de forte croissance : Paradoxalement, c’est lorsque votre rémunération devient indispensable au train de vie de votre famille que le risque d’une perte brutale est le plus dommageable.
Cette assurance n’est pas une dépense, mais un investissement dans la stabilité de votre foyer. Elle permet de dissocier votre sécurité personnelle de la réussite, parfois aléatoire, de votre projet professionnel.
À retenir
- Principe indemnitaire vs forfaitaire : Le mode forfaitaire offre une sécurité et une prévisibilité bien supérieures en cas de baisse de revenus avant le sinistre.
- Optimisez votre franchise : Alignez la durée de votre franchise sur la fin du maintien de salaire à 100% par votre employeur pour éviter de payer une surprime inutile.
- Attention aux points de bascule : Préparez-vous à la fin de l’ITT (après 1095 jours) et au passage à une indemnisation pour invalidité, qui change de nature (capital vs mensualités).
Quelle définition de l’Incapacité Temporaire Totale (ITT) choisir pour être couvert si vous ne pouvez plus exercer VOTRE métier ?
Nous arrivons au cœur du réacteur, la clause la plus importante de votre contrat ITT, celle qui détermine si vous serez indemnisé ou non : la définition de l’incapacité. Toutes les subtilités sur les modes de calcul et les franchises deviennent inutiles si, au jour du sinistre, l’assureur estime que vous n’êtes pas « incapable » au sens de votre contrat. Il existe une hiérarchie de définitions, de la moins protectrice à la plus sécurisante.
Au bas de l’échelle, on trouve la définition « d’incapacité à exercer toute profession« . C’est la plus restrictive. Avec elle, un chirurgien qui perd l’usage de ses mains mais qui est jugé capable de devenir consultant téléphonique ou formateur pourrait se voir refuser toute indemnisation. C’est une clause à fuir absolument.
Le niveau supérieur, et le standard acceptable, est l’incapacité à exercer « votre profession« . C’est déjà beaucoup mieux. Cependant, l’assureur pourrait encore argumenter qu’un poste aménagé ou une fonction différente au sein de votre secteur d’activité reste possible. La protection la plus robuste est donc celle qui définit l’incapacité comme l’impossibilité d’exercer « votre profession telle qu’exercée au moment du sinistre, sans possibilité de reclassement ». Cette « clause de performance » garantit que l’évaluation se fera sur la base de vos tâches et responsabilités réelles, et non sur des possibilités théoriques.
Ce tableau, inspiré des analyses de spécialistes comme Sécurimut, hiérarchise les niveaux de protection offerts par les différentes clauses pour vous aider à y voir plus clair.
| Niveau de Protection | Définition de l’Incapacité | Avantage | Inconvénient |
|---|---|---|---|
| 1 (Minimal) | Toute profession | Prime généralement moins élevée | L’assureur peut refuser l’indemnisation si vous pouvez exercer n’importe quelle autre profession, même très éloignée de votre métier |
| 2 (Standard) | Votre profession | Couverture si vous ne pouvez plus exercer votre métier habituel | L’assureur peut considérer que des fonctions annexes dans le même secteur sont possibles |
| 3 (Renforcé) | Votre profession telle qu’exercée au moment du sinistre | Protection tenant compte de vos fonctions précises et de votre niveau de responsabilité | Nécessite une documentation précise de vos tâches au moment de la souscription |
| 4 (Optimal) | Votre profession sans possibilité de reclassement interne | Indemnisation même si un poste aménagé est théoriquement disponible dans votre entreprise | Prime plus élevée, parfois réservée à certaines professions libérales ou cadres dirigeants |
| Exemple : Un chirurgien ne pouvant plus opérer mais capable d’enseigner serait indemnisé avec les niveaux 3 et 4, mais potentiellement refusé avec les niveaux 1 et 2. | |||
Étude de cas : Refus d’indemnisation pour définition restrictive de l’ITT
Un consultant spécialisé dans l’audit industriel sur sites est atteint d’une pathologie qui l’empêche de se déplacer et de rester debout durablement. Son activité principale, qui représente 80% de ses revenus, est compromise. Malheureusement, son contrat d’assurance définit l’ITT comme « l’incapacité d’exercer toute profession ». L’assureur refuse de l’indemniser en arguant qu’il peut toujours exercer une activité de consulting par téléphone ou de formation à distance. Si son contrat avait spécifié « votre profession telle qu’exercée », qui prend en compte la nécessité des déplacements, il aurait été indemnisé sans discussion. Cet exemple, basé sur des cas réels, illustre parfaitement le danger d’une clause mal choisie.
Pour conclure, ne vous laissez pas aveugler par un tarif attractif. La véritable valeur de votre assurance se niche dans ces détails. Exiger une définition de l’incapacité basée sur « votre profession » est le meilleur investissement que vous puissiez faire pour la tranquillité de votre avenir financier.
Questions fréquentes sur la garantie ITT et l’assurance de prêt
Suis-je couvert par ma garantie ITT si je tombe malade pendant ma période de chômage ?
Non, dans 99% des cas. La garantie ITT exige que vous soyez en activité professionnelle au moment du sinistre. Certains contrats prévoient toutefois un délai de tolérance de 30 à 90 jours après la perte d’emploi, mais c’est rare et soumis à conditions très strictes.
Que se passe-t-il si je suis licencié pendant mon arrêt maladie ?
L’arrêt maladie suspend le contrat de travail et donc le préavis de licenciement. Votre garantie ITT continue de s’appliquer pendant toute la durée de l’arrêt. C’est seulement après la reprise ou la consolidation que le licenciement peut être effectif.
La garantie perte d’emploi peut-elle être activée en même temps que l’ITT ?
Non, ces deux garanties sont exclusives l’une de l’autre. L’ITT couvre l’incapacité de travailler pour raison médicale, tandis que la garantie perte d’emploi couvre le chômage involontaire. Vous ne pouvez pas être indemnisé simultanément au titre des deux garanties.